Des expérimentations le prouvent : il faut une nutrition spécifique en fonction de l’âge des poules afin de garantir une bonne persistance de ponte. Explications.
La persistance de ponte est désormais un critère mondial. Partout, les éleveurs conservent leurs animaux en production de plus en plus longtemps. Cela est lié à l’amélioration des génétiques, à de meilleures techniques d’élevage, mais aussi grâce à la nutrition.
La nutrition, comme la génétique, n’est pas figée dans le temps, elle évolue vers plus de production à travers une meilleure efficience. Pour soutenir cette production importante d’oeufs, il faut fournir suffisamment de nutriments, aussi bien en termes de quantité que de qualité. Une poule pond « par le bec » : si elle ne mange pas assez, elle stoppera sa production d’oeufs rapidement.
On pourrait penser que la baisse du taux de ponte avec l’âge touche toutes les poules en même temps. Donc à 80 % de ponte, sur dix jours toutes les poules ne pondent que 8 oeufs = c’est faux ! Ce n’est jamais le cas. Même à 80 % de ponte, certaines poules pondent tous les jours, d’autres un jour sur deux, d’autres trois jours sur quatre, etc. Si on ne soutient pas les meilleures pondeuses, elles baisseront en production rapidement car elles ne trouveront pas assez de nutriments dans leur aliment ! Une bonne persistance passe par un aliment de qualité jusqu’au bout !

Les lacunes que j’observe souvent en fin de ponte ne sont pas sur les nutriments classiques comme le calcium ou le phosphore, mais plus au niveau des acides aminés à partir desquels la situation n’est parfois pas très favorable à la persistance. Nos poules pondant de plus en plus (l’amélioration génétique est d’environ un oeuf de plus par an), et surtout de plus en plus longtemps, il leur faut donc certains nutriments en plus grande quantité en fin de ponte. C’est logique car les oeufs sont d’autant
plus gros que les poules sont âgées.
Un oeuf plus gros, cela signifie que la poule exporte plus d’eau, de protéines, de matières grasses, de calcium… Il y a donc trois grandes familles de nutriments essentiels à la persistance : les acides aminés, les matières grasses et les minéraux.
Beaucoup de nutritionnistes ont tendance à diminuer les A.A. avec l’âge des poules, alors que le besoin en A.A. exporté augmente ! C’est une erreur courante, hélas, qui conduit dans un premier temps à limiter le calibre des oeufs (ce qui peut être intéressant). Mais dans un second temps, c’est le taux de ponte qui baissera si on va trop bas. Aujourd’hui, j’ai tendance à recommander un dernier aliment en ponte plus riche en lysine que le milieu de ponte. Justement pour soutenir une bonne productivité. En général nous sommes à 5 % de plus. Pour la protéine et la méthionine, on peut continuer à les baisser légèrement afin de bien maîtriser le calibre.
Les matières grasses sont souvent négligées, notamment en fin de ponte car souvent on économise sur le dernier aliment et on limite l’ingestion avec moins d’huile. Le défaut de cette stratégie est le jaune d’oeuf.

(30 % = 5 g de matières grasses.)
Pour une poule qui mange 115 g d’un aliment fin de ponte courant avec 3 % de matières grasses, cela entraîne un ingéré de 3,45 g. Même si la digestion est très bonne à 90 %, cela ne fait que 3,1 g de matière grasse utilisable par jour. Il nous manque 2 g dans l’oeuf que le foie va devoir synthétiser chaque jour. Sur une jeune poule et avec des petits oeufs, aucun souci. Sur une poule âgée avec de gros oeufs, le foie risque de se fatiguer, ce qui finira par un arrêt pur et simple de la ponte. Pensez à fournir suffisamment de matières grasses tout au long de la vie des poules afin d’épargner du travail au foie, vous pourrez alors conserver vos poules en production bien plus longtemps. Attention par contre à sa qualité car une mauvaise huile aura des effets néfastes pires que les bénéfices espérés.
Publié dans Afrique Agriculture, Novembre-Décembre 2020 Supplément Aviculture